Enigmatique entre tous, d'autant que la mort a prématurément
effacé sa silhouette familière, André Cadere s'est
promené, dans les vernissages, pendant des années, muni
d'un grand bâton fait d'anneaux multicolores. Ce bâton était
un passager clandestin dans les expositions où Cadere se rendait.
Parfois le bâton, pourtant voyant, passait inaperçu (l'artiste
pouvait aussi bien l'abandonner subrepticement dans un coin), d'autres
fois il provoquait un scandale. Cadere fut expulsé d'un vernissage
sous prétexte d'une loi interdisant l'introduction des parapluies
dans les musées. Dans tous les cas, le bâton intervenait
comme révélateur des conditions nécessaires à
la vision de l'oeuvre d'art : critères permettant de repérer
l'objet en tant qu'oeuvre d'art, cadre social parfois répressif,
etc.., à condition de se dérober lui-même en permanence
à ces conditions.
(Catherine Millet, "L'art contemporain
en France", 1987)
Dans la présentation de ma collection
au MAMCO le "baton"de Cadere est placé dans le coin
de l'appartement où l'artiste avait l'habitude de le poser quand
il venait chez moi (à la fois près de l'entrée
et bien en vue dans la partie centrale de la collection).
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